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 Mise en contexte

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AuteurMessage
Angèle Simoneau
Fondatrice de St-Martyr
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Messages : 95
Date d'inscription : 12/11/2013

MessageSujet: Mise en contexte   Mar 12 Nov - 4:52

Debout devant le grand portail en fer du CEGEP Saint-Martyr, Hélène prit le temps de s'arrêter. Le temps est gris. Pas étonnant, songea-t-elle. Il fait gris depuis que j'ai mis les pieds à Saint-Trailouin. C'est à croire que le soleil a oublié que cette région existait. En effet, depuis deux semaines qu'elle s'était installé dans la petite ville, elle n'avait pas vu un seul jour de beau temps. C'était sans doute mieux ainsi : moins de distractions pendant l'année scolaire. Quoi qu'elle se demandait bien ce qu'il pouvait y avoir d'intéressant à faire dans ce trou perdu. L'école était, à première vue, aussi grise et terne que la ville où on l'avait plantée. Elle soupira, remonta la bretelle de son sac à dos et avança.

D'autres jeunes circulaient à ses côtés, se dirigeant tous vers l'entrée principale, comme elle. C'était la journée d'accueil pour les nouveaux étudiants. On allait leur souhaiter la bienvenue dans le grand hall, servir quelques rafraichissements, mais surtout, Hélène le craignait, des discours interminables sur la valeur de l'établissement. Valeur mon cul, pensa-t-elle. C'est le seul collège qui a voulu accepter la candidature d'une cruche comme moi. Toutes ses applications avaient été renvoyée avec une réponse négative. Pas surprenant : elle n'avait jamais démontré le moindre intérêt pour l'école, et avait terminé son secondaire par la peau des fesses, avec une moyenne pourrie. Elle croyait bien s'être sauvée de l'école, mais ses parents tenaient absolument à ce qu'elle poursuive des études supérieures. La réponse de Saint-Martyr leur était apparue comme un don du ciel, et Hélène n'avait pas eu d'autre choix que de continuer ses études. L'avantage, c'était que c'était loin de chez elle : elle aurait donc tout le loisir de perdre son temps loin du regard réprobateur de ses parents.

Lorsqu'elle entra dans le hall, elle dut prendre un moment pour s'habituer à l'éclairage, trop vif comparé à l'extérieur. Il y avait quand même pas mal de monde, des gens de son âge, et un peu plus vieux, qui attendaient en tapant du pied. Comme elle, ils étaient probablement venus juste pour l'accueil, puis retourneraient immédiatement chez eux après. Plus tôt ça commencerait, plus tôt ce serait terminé. Il y avait une petite tribune à l'avant, avec quelques personnes qu'elle soupçonnait être des enseignants. Ils avaient tous l'air fatigués, et à peu près aussi heureux de se trouver là que les étudiants, comme s'ils étaient fâchés de voir leurs vacances d'été être écourtées d'une demi-journée. Il y eut une petite agitation sur la tribune, et petit à petit, le silence se fit dans le hall.

Une femme était montée sur la tribune, une femme très belle, qui donna l'impression à Hélène qu'elle sortait tout droit d'une autre époque. Bien mise, droite, élégante. Elle mit un moment à réaliser que la femme s'était mise à parler, et secoua la tête pour se forcer à porter un minimum d'attention. Il s'agissait apparemment de la directrice et fondatrice de l'établissement... Hélène secoua la tête de nouveau. Fondatrice ? D'après ce qu'elle avait lu, le CEGEP avait été fondé en 1980, plus de 30 ans auparavant. Or, la femme sur le podium ne devait pas avoir plus de 40 ans, au maximum. Elle avait peut-être mal compris, tout simplement.

Elle détourna le regard, l'espace de l'instant, pour sonder la salle. Peut-être quelqu'un d'autre s'était-il rendu compte de l'absurdité de cette affirmation. Mais tout le monde avait l'air d'écouter à demi, comme elle. Son regard se promena encore un moment avant de tomber sur quelque chose d'inattendu, qui la fit sursauter. Un chien. Près du podium, derrière le coin d'un couloir, un énorme chien noir à l'air mauvais qui, comme elle, observait la salle. Le regard de la bête allait de la directrice aux étudiants, et vice versa. Hélène sentit la sueur coller sa blouse à son dos lorsque les yeux brillants de l'animal se posèrent directement sur elle pour soutenir son regard pendant un long moment.

Lorsque le chien la quitta du regard, elle s'empressa de regarder la podium. La directrice avait terminé son discours. Déjà ? Combien de temps avait-elle passé à regarder ce maudit chien ? Elle regarda la directrice quitter le podium et tourner le couloir. Après un dernier regard sur la salle, le chien disparaissait à sa suite. Déjà, le hall commençait à se vider. Incertaine de ce qui venait de se passer, Hélène finit par hausser les épaules et suivre le mouvement : peut-être qu'elle n'aurait pas dû fumer ce joint juste avant de venir à la cérémonie.
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